Survey by Michel Verrot
In 1995, the association Terre de, Rhedae, had the Church in Rennes-le-Château surveyed by architect Michel Verrot. The text here is a small piece of the actual much more elaborate report.
L'église Sainte-Marie-Madeleine est inscrite sur l'inventaire supplémentaire des Monuments Historiques par arrêté du 26 juillet 1994.
L'église est implantée au nord-est du village, au bout de la Grand-Rue. Elle est insérée dans un ensemble monumental aménagé pour l'essentiel à la fin du XIXè siècle par l'abbé Saunière. Ces travaux qui ont également concerné l'église elle-même ont eu un effet perturbant sur la présentation du monument qui paraît sur son coté sud, fait d'éléments disparates juxtaposés. Il faut passer le portail du cimetière pour découvrir sur la partie nord du chevet des formes anciennes plus homogènes.
DESCRIPTION :
A l'extérieur :
La face nord du monument, relativement homogène est marquée par le grand clocher de plan carré adossé à la façade quasiment aveugle de l'église. Les seules ouvertures sont celles percées au XIXè siècle au cours de l'aménagement de l'abbé Saunière.
Le clocher dont seule la souche (sur une hauteur de 5,30 m, comme en témoignent les parements intérieurs) appartient à une étape de construction primitive, est inégalement percé dans sa partie haute de baies grossièrement cintrées. Le chevet est orné de lésènes reliées à leur sommet par des arcs doubles dont la retombée est portée par de petits cul-de-lampe sans ornementation sculptée. Cette disposition ornementale a disparu sur le demi périmètre sud de l'abside.
La petite baie d'axe dont on distingue encore l'appui a été remplacée lors des travaux de Saunière, par une grande baie circulaire surdimensionnée, qui a entraîné le relèvement de l'égout originairement couronné d'une simple dalle en entablement. Les quelques témoins en place de cette disposition peuvent laisser penser que l'église fut à une époque couverte en dalles de pierre (lauzes ?). Il semble enfin, qu'une litre funéraire dont il ne reste que la bande d'enduit support, fut peinte sur le pourtour de l'édifice à une époque antérieure aux grands travaux de Saunière.
Au sud, la profusion d'éléments rapportés ne permet plus de lire les dispositions du monument original : La sacristie et son excroissance en forme d'absidiole sont posées contre la dernière travée et le chàur ; les larges contreforts bâtis en moellons ne paraissent pas appartenir à la même campagne de construction que le chevet et la souche du clocher.
Il convient de noter en outre la non correspondance des embrasures intérieures et extérieures des ouvertures de la nef : le respect à l'intérieur du rythme voulu par l'abbé Saunière a conduit à un décalage par rapport aux ouvertures préexistantes dont les encadrements à l'extérieur peuvent être attribués au XVIIè ou au XVIIIè siècle. Le porche, ouvrant sur la première travée du sud, est couvert d'une toiture à forte pente, portée par des murs constitués de pierre de taille de récupération. Le portail en grés taillé ainsi que le tympan qui le surmonte sont richement ornés et enrichis d'inscriptions qui ont fait l'objet de nombreuses analyses et polémiques : Statue de Marie-Madeleine, inscriptions de dédicaces, armes et devise de Léon XIII (à noter que ces dernières sont souvent reproduites à cette époque - entre 1873 et 1903 - lors des travaux d'embellissement des édifices religieux : Saint-Sernin de Toulouse, Saint-Mathieu de Perpignan et même en Cévennes dans la toute petite chapelle de Saint-Saturnin de Bédoues). Ils constituent le premier véritable contact avec le projet de l'abbé Saunière qui se développe à l'intérieur de l'église. Les antéfixes et fautages en céramique vernissée et le rang de génoises apportent la dernière touche d'embellissement à cette façade sud.
A l'intérieur :
Le plan :
L'église est composée d'une nef unique à trois travées oblongues inégales précédant une travée (de chàur ?) plus étroite et une courte travée trapézoïdale ouvrant sur l'abside semi-circulaire. Le clocher se greffe au nord sur la troisième travée. Les trois travées de la nef sont couvertes d'un berceau en anse de panier ponctué d'arc doubleaux aplatis retombant sur de larges piliers carrés. La travée de chàur et la courte travée trapézoïdale sont couvertes en berceau plein cintre. L'abside est voâtée en cul de four.
L'élévation intérieure :
L'élévation intérieure entièrement recomposée par l'abbé Saunière est composée d'arcs formerets lancés entre les piliers de la nef et du châur encadrant des fenêtres à linteaux en plein cintre. Cette élévation artificiellement rythmée est couverte d'un décor peint en 1897 reprenant le vocabulaire ornemental caractéristique de l'époque : appareil simulé, frises au pochoir ou poncifs, festons, tentures et semis d'étoiles sur fond bleu. Ce type de vocabulaire décoratif est courant à la fin du XIXè siècle : voir dans la région : Saint-Mathieu de Perpignan, Estagel, Sallagouse par exemple.
Le mobilier et les vitraux complètent l'aménagement de l'abbé Saunière : la chaire et l'autel sont de 1887 ; les bas reliefs, chemin de croix, statues, bénitier, de 1896-1897.
Les légères distorsions reconnues dans les conversions des mesures sont imputables comme toujours aux aléas de mise en oeuvre lors de la construction, accentués ici par la présence des enduits de l'abbé Saunière, dont les épaisseurs ne sont pas précisément connues.
A la lumière de ces études parallèles, il est difficile de ne pas reconnaître dans cette partie orientale de l'église, une seule et même campagne de construction englobant la souche du clocher, la travée droite dite ,« de choeur ,», la petite travée trapézoïdale et l'abside.
La concordance entre les formes typiques de l'architecture romane d'influence lombarde et les mesures en Cannes Lombardes permettent de proposer le XIè siècle (époque d'expansion de cet art en Languedoc) comme limite extrême à l'origine historique du monument.
L'édifice de l'abbé Saunière :
Après quelques velléités - restées sans suite - de restauration du monument au cours du XIXè siècle, la véritable transformation de l'église Sainte-Marie-Madeleine est l'oeuvre de l'abbé Saunière dans la dernière décennie du siècle : le nouvel édifice imaginé par l'abbé fait presque totalement abstraction du monument antérieur, lequel est relégué à sa face cachée derrière le portail du cimetière.
M. VERROT
Nov. 1995
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